Depuis le déclenchement du conflit américano-israélien contre l'Iran le 28 février 2026, le détroit d'Ormuz est entré en zone de guerre active. Aucun navire transportant du soufre n'a pu traverser le détroit depuis le début du conflit. Or le Moyen-Orient produisait — avant la guerre — plus de la moitié du soufre commercialisé dans le monde, dont une large part dans les États du Golfe (Arabie saoudite, Émirats, Qatar, Iran).
Le soufre est un intrant critique en hydrométallurgie : il est indispensable à la production d'acide sulfurique, lui-même réactif clé pour environ 50 % du raffinage cuivrier chilien, pour le traitement du nickel latéritique (HPAL) et pour l'extraction des terres rares. ING anticipe une suspension de facto des exportations chinoises d'acide sulfurique à partir de mai 2026, Pékin arbitrant en faveur de sa sécurité alimentaire nationale. Le prix du soufre a été multiplié par 7 depuis janvier 2024.
La Banque mondiale a révisé ses prévisions de matières premières le 28 avril : hausse moyenne de 16 % sur l'ensemble des commodités en 2026, avec aluminium, cuivre et étain attendus à leurs plus hauts historiques. Le Brent devrait s'établir à 86 $/baril en moyenne annuelle. Pour les acheteurs industriels, la contrainte soufre-acide sulfurique représente un risque de rupture de production dans les chaînes d'extraction et de raffinage des métaux critiques d'ici T3 2026.
Le régime de quotas d'exportation de cobalt instauré par Kinshasa en octobre 2025 confirme son caractère structurel : il s'appliquera jusqu'à fin 2027 selon les déclarations de l'ARECOMS. Pour 2026, le plafond annuel est fixé à 96 600 tonnes, dont 87 000 t distribuées aux producteurs au prorata, et 9 600 t conservées sous contrôle discrétionnaire de l'État. Quatre points de tension demeurent critiques :
Le cobalt LME se stabilise autour de $56 290/t au 1er mai 2026, soit +67 % par rapport à la même période en 2025. Les prix de l'hydroxyde cobalt restent au-dessus de 14 $/lb, et le sulphate cobalt se négocie au-dessus de RMB 55 000/t en Chine. Pour les acheteurs de cathodes NMC, le signal est clair : la fenêtre de reconstitution de stocks à des prix raisonnables s'est fermée en 2025.
Le Ministère de l'industrie et des technologies de l'information (MIIT) chinois a publié fin avril 2026 un projet de cadre réglementaire instaurant des pénalités administratives sévères pour les producteurs de terres rares dépassant leurs quotas de production ou de séparation. Parallèlement, le MOFCOM maintient ses contrôles à l'export sur sept éléments de terres rares lourdes (terbium, dysprosium, yttrium, etc.) — même si la vague d'octobre 2025 a été partiellement suspendue jusqu'à novembre 2026 dans le cadre des négociations sino-américaines.
La situation crée une asymétrie stratégique majeure : 94 % de la production mondiale d'aimants NdFeB permanents reste concentrée en Chine. Les licences d'export pour les technologies avancées (semi-conducteurs sub-14 nm, équipements de fabrication) font l'objet d'un examen au cas par cas par les autorités chinoises — un levier de contrôle discrétionnaire considérable. L'AIE souligne que cette concentration s'est intensifiée ces dernières années : sur 20 minéraux stratégiques importants, la Chine est le premier raffineur pour 19 d'entre eux, avec une part de marché moyenne de 70 %.
Pour les chaînes d'approvisionnement européennes et asiatiques, la réalité opérationnelle est celle d'une dépendance persistante. L'Australie (Lynas Rare Earths) reste le seul producteur significatif hors Chine, mais envoie encore ses oxydes vers la Chine pour le raffinage. Le sommet Trump-Xi attendu mi-mai 2026 à Pékin devrait placer les terres rares au centre des discussions — sans qu'aucune percée structurelle ne soit attendue par les analystes.
Le cuivre se maintient au-dessus de $13 000/t (5,94 $/lb) début mai 2026 — soit +27,8 % en glissement annuel. La dynamique est portée par deux vecteurs convergents : la demande structurelle des data centers IA et des réseaux électriques d'une part, et les contraintes d'offre émergentes d'autre part. En particulier, la disruption des livraisons de soufre depuis le Moyen-Orient vers la Chine conduit Pékin à restreindre ses exportations d'acide sulfurique — un intrant critique pour environ 50 % du processus de raffinage du cuivre chilien (procédés SX-EW).
La mine de Grasberg (Indonésie) reste en sous-capacité après un glissement de terrain fatal ayant déclenché un événement de force majeure. Les stocks LME s'établissent à 398 675 tonnes au 1er mai — en légère hausse — mais l'essentiel du métal disponible migre vers les entrepôts américains sous l'effet des tarifs Section 232, appauvrissant les disponibilités mondiales hors États-Unis. Commerzbank avertit que des prix élevés commencent à agir comme contrainte sur la demande, limitant les gains additionnels à court terme. La réouverture de Cobre Panamá (First Quantum) — ~1 % de l'offre mondiale — reste le variable-clé du T2 2026 : l'audit indépendant est en cours de conclusion.
La prochaine édition paraît en juin 2026.
Réservée aux acheteurs industriels, équipes sourcing et directions achats qualifiés.