Le cuivre a imprimé $6,23/lb ($13 730/t) le 8 mai 2026 sur le COMEX, approchant le record absolu atteint fin janvier. La progression sur un an atteint désormais +35 %. Deux vecteurs se superposent pour ancrer ce niveau structurel : la demande long-terme des data centers IA et des infrastructures de réseaux électriques d'un côté ; les contraintes d'offre accumulées depuis début 2026 de l'autre.
Cinq facteurs de tension opèrent simultanément. La disruption acide sulfurique : la Chine a officiellement banni ses exports d'acide sulfurique de mai à au moins décembre 2026, supprimant environ 3 millions de tonnes du marché maritime mondial — avec un impact direct sur le Chili, l'Indonésie et l'Inde. La production chilienne avait déjà reculé de 6 % au T1 2026 avant même la pleine entrée en vigueur de cette contrainte. La dislocation Section 232 continue de drainer le métal disponible vers les entrepôts américains, asséchant les disponibilités mondiales. La mine Grasberg reste en sous-capacité post-force-majeure. Et la réouverture de Cobre Panamá (First Quantum, ~1 % de l'offre mondiale) reste suspendue à l'audit indépendant en cours.
Pour les acheteurs industriels, Goldman Sachs maintient une fourchette cible 2026 à $10 000–$11 000/t — impliquant que les niveaux actuels surpassent de 18 à 25 % leur scénario de base. Mais les inventaires visibles à l'échelle mondiale atteignent 1,5 million de tonnes (+540 kt depuis le début de l'année), suggérant un marché physique hors États-Unis plus souple que les prix headlines ne l'indiquent. La volatilité à court terme reste élevée : les 60 % de probabilité de consolidation entre $12 800 et $13 200/t constituent le scénario central des desks de trading pour les prochaines semaines.
Le lithium carbonate a atteint CNY 194 000/t au 8 mai 2026, soit une progression de +197 % en glissement annuel — un retournement radical après deux années de déflation post-cycle. Plusieurs catalyseurs convergent pour expliquer cette accélération :
Pour les acheteurs de batteries NMC et NCA, la fenêtre de couverture court terme reste très étroite. Pékin a également annoncé un doublement de la capacité nationale de recharge VE à 180 GW d'ici 2027, consolidant la demande structurelle. La question centrale pour les équipes sourcing : jusqu'où les fabricants d'EV chinois — déjà passés à plus de 50 % de chimies LFP — vont-ils accélérer cette transition pour échapper à la contrainte lithium hydroxide ?
Le sommet Trump-Xi des 14-15 mai à Pékin — premier déplacement d'un président américain en Chine depuis 2017 — constitue le signal géopolitique le plus scruté du T2 2026 pour les marchés des métaux critiques. L'agenda est dense : Iran-Ormuz, Taiwan, intelligence artificielle, tarifs, et surtout l'extension du trêve commerciale sur les terres rares — conclue en octobre 2025 à Busan, qui a permis le maintien des flux de REE vers les États-Unis en échange d'une réduction tarifaire partielle (de 57 % à 47 %).
Les analystes de CNBC et du WEF convergent : la guerre en Iran risque d'accaparer l'agenda au détriment des avancées commerciales structurelles. La Chine a suspendu les exports d'une large gamme de terres rares et d'aimants permanents depuis avril, désorganisant les chaînes automobiles en Europe, au Japon et en Corée. Un accord d'accès préférentiel pour les entreprises américaines aux licences MOFCOM — sans contrepartie pour l'Europe ou le Japon — créerait une asymétrie de sourcing critique pour les industriels non-américains.
Pour les chaînes d'approvisionnement européennes et asiatiques, la variable-clé est la suivante : Pékin maintiendra-t-il la suspension tactique des contrôles export REE comme monnaie d'échange, ou les réactivera-t-il comme levier de pression en cas de durcissement tarifaire post-sommet ? Poutine est attendu à Pékin la semaine suivant le départ de Trump — un signal géopolitique de premier ordre pour les équipes sourcing qui opèrent sur des corridors eurasiatiques.
Le nickel LME a atteint $19 143/t le 7 mai — son plus haut depuis juin 2024, avec une progression de +22 % AA. Après deux années de surplus lié à l'explosion de la production NPI/HPAL indonésienne, le marché opère un retournement structurel. L'Indonésie a réduit son quota RKAB 2026 à 260–270 millions de tonnes d'extraction de minerai de nickel — contre 379 millions en 2025, soit une coupe de ~34 %. La mine Weda Bay, la plus grande au monde (joint-venture Eramet/Tsingshan), a reçu un quota initial réduit de 32 Mt à 12 Mt pour 2026.
Deux tensions additionnelles amplifient cette contrainte. Le nouveau HPM benchmark (Harga Patokan Mineral), en vigueur au 15 avril 2026, relève le prix plancher du minerai vendu sur le marché domestique — matérialisant une hausse des coûts pour les opérations HPAL, dont l'impact se répercutera sur les prix du sulfate de nickel et du MHP d'ici T3. Par ailleurs, la pénurie de soufre liée à Ormuz renchérit directement le coût de traitement HPAL, créant un double choc offre-coût sur le nickel battering grade. BigMint prévoit que le marché mondial du nickel passera en déficit en 2026 — une première depuis 2022.
La prochaine édition paraît en juillet 2026.
Réservée aux acheteurs industriels, équipes sourcing et directions achats qualifiés.