Cette édition de fin mai 2026 est probablement la plus dense depuis la création d'AYYS Signal. En moins de deux semaines, la carte géopolitique des métaux critiques a été redessinée : le cuivre a pulvérisé son record absolu à $6,71/lb sur le COMEX le 13 mai avant une consolidation ; Ormuz s'apprête à rouvrir après trois mois de blocage ; le sommet Trump-Xi du 14-15 mai a livré un accord sur les terres rares (yttrium, scandium, néodyme, indium) au profit des acheteurs américains ; et la RDC confirme son pivot stratégique vers Washington, offrant 100 000 t de cuivre annuels aux États-Unis. Pour les équipes sourcing internationales, l'enjeu de cette édition est clair : dans quel monde s'opère votre stratégie d'approvisionnement pour le second semestre 2026 ?
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Tableau de bord · 25 mai 2026
Cuivre COMEX
$6,35/lb
★ Record absolu $6,71 · 13 mai
Argent spot
$76/oz
+158% AA (2025)
Or spot
~$4 500/oz
Ormuz volatilité
Platine spot
~$2 155/oz
Record depuis 2007
Nickel LME
$19 143/t
+22% AA · 2 ans de haut
Cobalt LME
$56 290/t
+67% AA
Lithium carb.
CNY 194 000/t
+197% AA
Cu LME spot
$13 410/t
+31% AA
Sources : LME, COMEX, Fastmarkets, Trading Economics, SMM — données indicatives, non destinées au trading · 25 mai 2026
01
Macro-signal — Cuivre
Cuivre $6,71/lb : record absolu COMEX du 13 mai — la mécanique d'un supercycle
Le 13 mai 2026, le cuivre a inscrit $6,71/lb en intraday sur le COMEX — nouveau record absolu de l'histoire du métal, surpassant les $6,23/lb du 8 mai. Le LME a simultanément franchi les $14 000/t pour la première fois depuis le record de $14 527/t établi le 29 janvier. Depuis le 22 mai, une consolidation s'est engagée autour de $6,35/lb (+31 % AA), soutenue par les espoirs d'un accord Ormuz et la demande structurelle IA/électrification.
Trois facteurs ont catalysé le pic du 13 mai de façon simultanée : la disruption sulfurique (ban chinois acide sulfurique mai–décembre 2026, supprimant ~3 Mt du marché maritime mondial ; production chilienne T1 2026 déjà en baisse de 6 % YoY) ; les tarifs Section 232 imminents sur le cuivre raffiné américain (Goldman Sachs anticipe ≥ 25 %, décision attendue juin 2026), qui drainent les entrepôts LME hors US ; et la déconnexion Comex/LME, les stocks LME plongeant sous 100 000 t tandis que les inventaires US dépassent 500 000 t.
Le marché [cuivre] a dépassé l'influence du conflit US-Iran et opère désormais selon ses propres dynamiques de prix, ancrées principalement dans la tension des approvisionnements et la chute des inventaires chinois. — Jia Zheng, Suzhou Chuangyuan, Bloomberg News, 11 mai 2026
Le règlement TC/RC annuel entre Jiangxi Copper (Chine) et Antofagasta (Chili) a été conclu à $0/t et 0,0¢/lb — contre $21,25/t et 2,125¢/lb en 2025. Ce signal de fond est sans précédent : il reflète les attentes d'une pénurie de 650 000 – 850 000 t de concentrés cuivre en 2026. Pour les acheteurs de cuivre raffiné en Europe, Asie et Moyen-Orient, l'enjeu est de calibrer la stratégie de couverture H2 avant la décision Section 232 de juin.
CuivreCOMEX RecordSection 232TC/RCAcide sulfuriqueChili CodelcoLME stocks
02
Signal géopolitique — Ormuz
Ormuz : accord "largement négocié" — 60 jours de réouverture en jeu
Ce 25 mai 2026, le président Trump a annoncé sur Truth Social qu'un accord avec l'Iran pour rouvrir le détroit d'Ormuz et étendre le cessez-le-feu de 60 jours est "largement négocié" et sera annoncé "prochainement". Le Washington Post confirmait ce matin qu'un cadre de mémorandum d'entente (MoU) a été développé : le détroit serait déminé et rouvert, l'Iran pourrait librement vendre son pétrole, et des négociations s'engageraient sur le programme nucléaire pendant 60 jours.
Impacts directs sur les chaînes métaux — scénario de réouverture
Soufre & acide sulfurique : une réouverture durable permettrait le retour des flux moyen-orientaux de soufre, actuellement supprimés depuis le 28 février. Le ban chinois sur l'acide sulfurique (mai–décembre 2026) resterait en place à court terme, mais sa logique de sécurité alimentaire serait réexaminée si l'offre mondiale se détend. Impact direct sur les coûts de raffinage SX-EW chilien et les procédés HPAL nickel/terres rares.
Cuivre — consolidation attendue : les espoirs de paix ont déjà ramené le cuivre de $6,71/lb (13 mai) à $6,35/lb (22 mai). Une réouverture formelle créerait une pression baissière à court terme sur les primes de risque géopolitique — mais la demande structurelle (IA, électrification) et la tension TC/RC limitent le recul. Les desks de trading positionnent une fourchette de consolidation à $12 800–$13 400/t.
Aluminium & Énergie : l'aluminium a atteint un plus haut de 4 ans en avril 2026 sur les craintes du blocus. Une réouverture normaliserait les coûts énergétiques du Golfe pour la production d'alumine, créant une pression baissière sur les primes régionales. Les 33 navires pétroliers qui ont traversé Ormuz avec permission iranienne dans les 24 heures précédant l'annonce signalent que le corridor est déjà partiellement fonctionnel.
Risque résiduel : Trump a précisé que le blocus US sur les ports iraniens "restera en vigueur jusqu'à ce qu'un accord soit certifié et signé". Le programme nucléaire reste le point de friction central (l'Iran a refusé de déplacer son stock d'uranium enrichi). Un échec de la phase 2 (60 jours) rouvrirait immédiatement les primes de risque sur l'ensemble du complexe.
OrmuzIranPakistanSoufreAcide sulfuriqueAluminiumCuivre consolidation
03
Terres rares & Géopolitique — Post-sommet Trump-Xi
Sommet Beijing 14-15 mai : deal REE asymétrique — les implications pour les acheteurs non-américains
Le sommet Trump-Xi des 14-15 mai a abouti à un accord que la Maison Blanche a résumé ainsi : la Chine s'engage à "traiter les pénuries de terres rares" — spécifiquement yttrium, scandium, néodyme et indium — au profit des acheteurs américains. La Chine a par ailleurs confirmé l'achat de 200 avions Boeing, $17 milliards d'achats agricoles annuels jusqu'en 2028, et la constitution de Boards of Trade et Investment entre les deux pays.
Ce que cet accord implique concrètement pour les industriels non-américains est une asymétrie de sourcing structurelle. Le readout chinois ne mentionne pas les terres rares — signalant que Pékin se réserve une marge de manœuvre sur son interprétation des engagements. NPR et Bloomberg relèvent des "légères inconsistances" entre les communiqués américains et chinois sur les terres rares, les tarifs et l'agriculture. Pour les industriels européens, japonais et coréens dont les chaînes NdFeB restent à 94 % dépendantes de la Chine, les licences MOFCOM restent discrétionnaires.
La Chine a accepté d'acheter des soybeans américains et de traiter l'accès aux terres rares, a indiqué la Maison Blanche dimanche, présentant les résultats tangibles du sommet de la semaine passée. Le readout chinois ne mentionne pas les terres rares. — CNBC, 18 mai 2026
Points de surveillance immédiate : (a) l'accord REE Trump-Xi est annoncé comme une reconduction annuelle négociable — sa solidité sera testée lors du prochain sommet en automne 2026 aux États-Unis ; (b) la Chine continue d'exporter vers les États-Unis de l'indium, du scandium et du néodyme sous le régime "dérogé" ; mais les REE lourdes (dysprosium, terbium) restent sous contrôle MOFCOM pour les non-Américains ; (c) l'accord EU-Australie (mars 2026), qui élimine 99 % des tarifs sur les exportations de lithium, manganèse, aluminium et terres rares australiens vers l'Europe, constitue la première réponse structurelle alternative — mais sans capacité de raffinage domestique, l'Australie envoie encore ses concentrés en Chine.
Terres raresTrump-XiMOFCOMNdFeBEU-AustralieAsymétrie US/EuropeIndium
04
Corridors & Origines — RDC · Accord Washington
RDC : pivot vers Washington — 100 000 t de cuivre et le cobalt comme monnaie d'échange
L'Accord Washington de décembre 2025 entre les États-Unis, la RDC et le Rwanda recompose durablement les flux de métaux critiques hors Chine. Gécamines (société minière d'État congolaise) a confirmé un plan d'exportation de 100 000 tonnes de cuivre annuels vers les États-Unis — ce qui représenterait environ 1,5 % de l'offre mondiale, aujourd'hui quasi-intégralement acheminée vers la Chine. L'accord donne aux États-Unis un droit de premier refus sur les concessions futures et des conditions préférentielles pour les investisseurs américains dans les projets de cuivre, cobalt, lithium, coltan, manganèse et germanium.
Ce pivot crée une tension structurelle pour les acheteurs industriels chinois et asiatiques. La RDC est aujourd'hui le premier producteur mondial de cobalt (>50 %) et le 2e de cuivre après le Chili. Un rééquilibrage même partiel des flux — 100 kt de cuivre représentent ~45 % de la capacité de Mutoshi — affecterait les disponibilités mondiales hors US. Le projet Mutoshi (joint-venture Gécamines/Virtus Minerals, acquis en mars 2026) sera l'unité pilote de ce mécanisme.
Nous serons impliqués. Nous envoyons certaines de nos plus grandes et meilleures entreprises dans ces deux pays, et nous allons extraire certaines terres rares et certains actifs, et tout le monde va gagner beaucoup d'argent. — Donald Trump, décembre 2025
La situation présente un risque de fragmentation du marché cobalt : si les quotas RDC 2026 (plafonnés à 96 600 t) restent contraignants ET que les flux américains captent une partie disproportionnée des volumes Gécamines, les raffineries chinoises — qui représentent ~90 % du raffinage mondial de cobalt — pourraient faire face à des approvisionnements encore plus serrés. Benchmark Minerals maintient son scénario de stocks ex-RDC tombant à ~1 mois de demande d'ici fin 2026.
RDCGécaminesAccord WashingtonCobaltCuivreMutoshiFragmentation
05
Point stratégique — Argent · Platine · Or
Argent +158 %, platine au plus haut depuis 2007 : les précieux industriels entrent dans leur propre cycle
Les métaux précieux à composante industrielle ont décroché de l'or en mai 2026 pour opérer selon leur propre logique d'offre. L'argent (silver) a dépassé $76/oz en semaine du 14 mai, avec une progression de +158 % YTD en 2025 — contre +72 % pour l'or sur la même période. Cette surperformance repose sur un déficit structurel de l'offre minière, la liste US des minéraux critiques qui a intégré l'argent, et une demande industrielle en accélération (panneaux solaires, électronique de défense, 5G). Le platine a frôlé $2 155/oz — son plus haut depuis 2007 — porté par les déficits miniers d'Afrique du Sud et de Russie et le boom des catalyseurs automobiles hybrides. UBS a coupé sa prévision long terme pour le palladium de $1 800 à $1 600, signalant un excédent d'offre persistant sur ce métal.
Pour les acheteurs industriels, ces dynamiques sont directement pertinentes. L'argent est indispensable à la fabrication de cellules photovoltaïques (3 g/cellule) et de circuits imprimés électronique de défense. Le platine est critique pour les catalyseurs catalytiques et l'électrolyse hydrogène. La mine Taylor (South32, Arizona) — un projet zinc-plomb-argent de 4,3 Mt/an — a annoncé fin avril un retard de mise en production reportée au H1 2027, exacerbant la contrainte argentifère en 2026–2027.
ArgentPlatineOrDéficit structurelSouth32PhotovoltaïqueDéfense
06
Radar — 6 signaux à surveiller en juin–juillet 2026
Signature de l'accord Ormuz (juin 2026) : un MoU signé déclencherait immédiatement un relâchement des primes de risque sur soufre, acide sulfurique, aluminium et cuivre. Le blocus US sur les ports iraniens resterait actif jusqu'à certification — surveiller l'évolution du programme nucléaire comme risque de rechute dans les 60 jours. 33 navires sont déjà passés le 24 mai avec autorisation iranienne.
Section 232 cuivre raffiné (juin 2026) : la recommandation du secrétaire au Commerce américain est attendue en juin, avec un tarif Goldman Sachs d'au moins 25 %. Une fois promulgué, le Comex/LME spread s'élargira davantage, créant à la fois risque et opportunité selon la géographie d'achat. Les acheteurs européens et asiatiques profiteront d'un LME sous-évalué par rapport au COMEX — fenêtre d'arbitrage à saisir.
RDC cobalt T2 2026 — livraisons réelles vs quotas : si les volumes effectivement expédiés restent sous 50 % des 96 600 t alloués (comme au T1 2026), les premiums MHP en Asie se tendront en T3. Surveiller l'évolution du projet Mutoshi (Gécamines/Virtus) et la réaction des raffineries chinoises face à la diversion des flux vers les US.
Accord EU-Australie — entrée en vigueur (H2 2026) : le traité de libre-échange signé en mars 2026 élimine 99 % des tarifs sur les exportations minérales australiennes vers l'Europe. Pertinent pour le lithium, le manganèse, l'antimoine et les terres rares. Mais sans raffinage local, l'Australie continue d'envoyer ses concentrés en Chine — l'accord crée les conditions institutionnelles mais pas encore la capacité physique de substitution.
Lithium — redémarrages australiens (T3 2026) : à $2 000+/t de spodumène, Pilbara Minerals, Core Lithium et IGO réévaluent leurs calendriers de redémarrage. Tout signal concret de reprise de production inverserait la dynamique à la hausse du lithium carbonate (CNY 194 000/t) et créerait une fenêtre de réapprovisionnement pour les acheteurs de précurseurs NMC.
Deuxième sommet Trump-Xi (automne US 2026) : les deux leaders ont convenu de se revoir aux États-Unis à l'automne. Ce sommet sera le test de solidité de l'accord REE de mai — les acheteurs non-américains de terres rares lourdes (dysprosium, terbium) n'ont aucune garantie que les licences MOFCOM leur seront accordées selon les mêmes conditions. Le monde des aimants permanents NdFeB est toujours à 94 % chinois.
Recevoir AYYS Signal — juillet 2026
AYYS Signal paraît deux fois par mois.
Réservé aux acheteurs industriels, équipes sourcing et directions achats qualifiés.